· Par Alexis Cresson
Harai : écarter le sabre pour ouvrir la frappe
Harai, c'est balayer. Le geste écarte le shinai adverse pour ouvrir la ligne centrale et frapper dans le même élan. Ce qu'il est, comment il se fait, et ce que la planche PL. 01 en garde.
Au kendo, le centre est tout. Deux pratiquants en garde pointent leur shinai l'un vers l'autre, et celui qui tient la ligne centrale tient la frappe. Harai est l'un des moyens de la prendre : un coup sec sur le sabre adverse pour l'écarter, puis la frappe, dans le même mouvement.
Le mot vient du verbe japonais harau, balayer ou écarter. Il n'a rien à voir avec harae, le rite de purification du shinto.
Ce que veut dire harai
Harai désigne une famille de techniques, les harai-waza, où l'on écarte le shinai adverse avant de frapper. Elles appartiennent aux shikake-waza, les techniques où l'on prend l'initiative, par opposition aux oji-waza, qui répondent à une attaque. Le nom de la technique dit ensuite la cible : harai-men, quand la frappe tombe sur le men, le casque ; harai-kote, quand elle touche le kote, le gant.
On distingue le harai du hari, qui presse le sabre adverse sans le chasser, et du hajiki, qui le repousse d'un claquement. Les frontières sont fines et les écoles ne les tracent pas toutes au même endroit : c'est le sensei qui tranche, sur le plancher.
Le geste, étape par étape
Tout part de la garde. Les deux pratiquants sont en chudan no kamae, la pointe du shinai dirigée vers la gorge de l'adversaire, à une distance où un seul pas suffit pour frapper.
Le balayage se fait par un mouvement du poignet plutôt que du bras. Il peut écarter le sabre adverse vers le haut, c'est le harai-age, ou vers le bas, c'est le harai-otoshi, en diagonale, du côté où le sabre adverse offre le moins de résistance.
Le point qui fait la différence : il n'y a pas deux temps. Le balayage et la frappe sont un seul mouvement, porté par le même pas et le même cri ; si le shinai revient au centre entre les deux, l'adversaire a le temps de refermer la ligne.
On retrouve le harai-men dans les exercices de base au bokuto fixés par la fédération japonaise, le bokuto ni yoru kendo kihon-waza keiko-ho, où il est l'un des neuf exercices. C'est là que la plupart des pratiquants le rencontrent pour la première fois.
Ce qui compte, c'est la frappe
En pratique, on tape rarement le shinai adverse. Ce qui compte, c'est la frappe qui suit. Au kendo, une frappe valable, un yuko-datotsu, est celle qui vaut un ippon, le point décisif en compétition. Elle doit réunir le ki, le ken et le tai, l'esprit, le sabre et le corps, en un seul instant.
Le ki, c'est le cri, le kiai, qui nomme la cible au moment de l'impact : men, kote, do ou tsuki. Le ken, c'est la bonne partie du shinai, le tiers supérieur, avec le bon angle de coupe. Le tai, c'est l'engagement du corps, posture droite et fumikomi, le pied droit qui frappe le sol en même temps que le sabre. Après la frappe vient le zanshin, la vigilance qui ne retombe pas. Sans tout cela, la frappe ne vaut rien, même si elle touche.
Pourquoi le harai échoue souvent
Le défaut le plus courant est de balayer trop fort, avec les épaules : le sabre adverse s'écarte, mais le vôtre aussi, et la frappe part de trop loin. L'autre est de balayer de trop loin : si la distance n'est pas celle de la frappe, l'adversaire replace son shinai avant que le vôtre n'arrive.
Un harai réussi n'est pas un grand geste. Le sabre adverse bouge de quelques centimètres, juste assez pour que la ligne s'ouvre, et la frappe est déjà là. C'est ce contraste, un petit déplacement du sabre pour une ouverture entière, qui fait du harai un geste si satisfaisant à réussir et si frustrant à apprendre.
Ce que la planche PL. 01 en garde
La planche PL. 01 Harai ne montre pas un pratiquant ni une frappe. Elle fige l'instant du balayage : deux bokuto qui se croisent, l'un chassé par l'autre, au-dessus des lattes du plancher du dojo. Pas de visage, pas d'armure, le geste seul.
Ce qui précède est la technique, telle qu'elle s'apprend au dojo et telle que la fédération japonaise la décrit. La planche, elle, est une lecture : un dessin gravé, en hachures et en aplats, qui prend ce geste pour sujet sans prétendre l'enseigner. Les deux sabres de bois du dessin sont des bokuto, ceux des kata et des exercices de base, pas des shinai.
Alexis Cresson, Dojoya.
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